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Un poil' enceinte et des poussiereuh

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March 2014

Les premiers émois du printemps

Sur la terasse, nos petites plantes poussent

Les mauvaises herbes sont coupées. Parfois arrachées comme des cheveux blancs. Des rides dans le miroir au-dessus du lavabo. En haut sur la terrasse. Les saisons passent et trépassent dans une tige morte, vite remplacée.

Un sourire est mort à leur vue, et un sourire est né.

Dans un long baiser avec ton père, tu as donné un coup de pied à l’infini. Tu as dit :

–         Je suis là.

Ton papa regarde au dela

Quelle sensation, ton mouvement dans mes entrailles, mouvement minuscule mais perceptible, qui ne s’efface plus jamais.

Ils ont avancé le temps d’une heure et toi, tu me donnes l’éternité.

Tu as le même âge que ces plantes qui commencent à pousser dans le jardin. Si minuscule mais complètement formée, qui ne demande qu’une chose : grandir et voir le soleil.

Ce sera en Août, ma lionne. Un soleil radieux sur ta naissance. Tout sera fleuri pour toi. Les enfants des fleurs te couvriront de leurs pattes.

les petits
les petits

Le bonheur, il mesure combien?

ton papa bb

Je suis entrée dans la salle d’échographie, nerveuse, prête à pisser sur la table allongée, le stress travaillant, pressant sur la vessie. Dites-moi juste que tout va bien. Que ce bébé se porte bien. Que ce n’est pas une crevette. Que c’est un bébé heureux. Dites-moi que je n’ai pas fait mal de boire tellement de café, que ma pratique intense de yoga a été bénéfique et que je n’ai pas été égoïste avec ce petit être, à vouloir me faire du bien aussi. Qu’il va bien, même si je n’ai pas mangé les noix, les fruits secs, les légumineuses, et absorber les vitamines prescrites de façon rigoureuse. Dites…. Il pose la sonde sur le rond du ventre enduit de liquide. Je vais te voir, l’enfant. Un peu de gel et te voilà enfin en image. J’ai froid sur le ventre, chaud partout. Devant l’écran, m’est renvoyée sur le visage mon ignorance. On ne comprend pas. On est même amusé par la rapidité avec laquelle le médecin déchiffre ce brouillon d’images.  J’ai demandé à ce monsieur préoccupé par ses mesures mais amusé par la question : on peut savoir s’il est heureux ? Sans lever la tête, il répond du tac au tac, un brin souriant : je ne sais pas….

Mais enfin, comment ça, si, si, si, il devrait y avoir une mesure pour ça aussi, le bonheur ! Il fait pas un ou deux centimètres, son bonheur, il n’est pas un peu au-dessus de la moyenne ? Un grand bébé qu’il me dit. Oh, on me l’avait déjà dit à la première écho. Et là, internet me dit qu’il devrait faire 400 grammes, et mon bébé en fait déjà 548. Un grand bébé. Apres c’est le diamètre crânien, la vérification de la bonne formation de sa colonne vertébrale, de l’existence de ses cinq doigts, du ventricule gauche, du ventricule droit…Et puis la courbe : au-dessus, en dessous, sur la courbe. Bébé est souvent au-dessus, et jamais en dessous. Comment c’est possible dans mon petit gabarit ?

Mystère.

Et pour le bonheur, on ne sait toujours pas. Non, non, pas de mesure pour celui-là, pas d’identification. Pas de courbe et pas de moyenne.

Mystère.

Il faudrait en réalité regarder son visage, seule solution.

Vous ne voyez de bonheur nulle part ?

Je ne sais pas, madame.

Arrêt sur image : deux dunes blanches dans le fond noir.

Exclamation générale :

C’est une fille !

La main de mon mari serrant fort la mienne.

C’est une fille. Je le savais. Je l’avais dit et redit à tous ceux qui objectaient qu’au vu de mon ventre pointé ce serait un garçon.

Arrêt sur image, son visage. Une beauté de petite fille. Un visage fin, magnifique, comme un rêve qui me caresse le ventre. Non, je ne parle pas de la sonde qui me fait voir ton petit minois. Je parle de ce visage extraordinaire, celui de ma fille, de mon enfant, et de la chaleur qui m’enveloppe.

Ses lèvres sont légèrement charnues, et le médecin dit qu’elle a mes lèvres. Ce que le médecin ne sait pas, c’est que c’est le rouge à lèvres qui fait cela. Oui, je triche, je triche…Mais non, ma fille, elle ne triche pas. Elle a de belles lèvres pulpeuses, comme je n’aurais jamais pensé qu’elle aurait.

Son visage est fin comme le mien et celui de son père. A part cela, elle est un mystère.

Le bonheur, je ne demande pas. Si elle est si radieuse, ai-je besoin de mesures, ai-je besoin de courbe, ai-je besoin d’une moyenne ?

Vie, tu te fais au-delà de nous.

Mystère infini.

Notre date de naissance, on la subit une seule fois puis on la recrée toute sa vie

petites mains 2

 

Je n’ai pas écrit dans ce blog depuis quelques temps maintenant.

Les films de Bergman, quelques concepts de Jung, m’ont inspirés, et je reviens à mon premier amour : l’écriture littéraire.

Sache que tout ce qui manque à ton inspiration si tu en viens un jour à choisir une forme créative d’expression, existe déjà.

C’est en t’ouvrant aux autres, au monde, que tu ouvres en toi des possibilities plurielles de créer. Dans chaque ouverture, tu trouveras matière à créer et à contribuer à cette dynamique du monde sans cesse en mouvement.

Mon enfant, un jour, tu te demanderas peut-être, pourquoi j’ai choisi un homme beaucoup plus âgé que moi.Ce sont des questions que tout le monde se pose en silence. Il n’y est pas une réponse, ni deux. Mais une histoire, toujours. Et ici, un extrait. Evidemment, l’histoire ici est partiellement fictive. Elle n’a de fictif que l’habit et recèle bien entre des mots, entre des phrases, entre des virgules, un sens du vrai de ce qui fit que ton père est devenu mon amour.

Beaucoup parlent de l’âge, mais notre date de naissance, on la subit une seule fois puis on la recrée toute sa vie.

………………………………………………………

Des journées entières sont passées sans nouvelles de l’âge blanc. Des mois. Des minutes parfois à attendre son coup de fil, un message, un signe. Puis, l’attente. Le jardin s’est éloigné, s’est replié sur le reste de la ville, comme une enveloppe fermée.

Mon père m’y a interdit l’accès, pour que je me concentre, dit-il, pour que je réussisse mes examens.

Il dit :

Ce n’est pas le soleil sur la peau qui y fera quelque chose à ton avenir, paresse. Ce n’est pas le soleil.

A la faculté, j’ai rencontré un garçon de mon âge, d’un autre quartier, et d’une autre confession. Il n’en parle pas beaucoup, mais je sais au fond ce qu’il pense de notre différence. Il ne peut pas l’expliquer pourquoi il croit ce qu’il croit. Tout cela me va. Toute cette comédie.

Le gardien, aujourd’hui, a embrassé un chat, puis un chien de rue, devant la voisine et elle s’est évanouie. Il est syrien. C’est pour cela qu’il aime les animaux et les plantes, et que la voisine, elle ne le comprend pas.

Il faut fermer les yeux très forts dans ces moments d’incompréhension.

Nous nous voyons parfois, le garçon de mon âge et moi, sur sa demande. Il n’embrasse pas trop mal sur les lèvres et parle beaucoup dans sa voiture, face à la mer, il parle avec une cigarette en bouche, et je l’écoute, tête sur les genoux.

Quand il parle, parfois, et même souvent, je pense à l’âge blanc.

Un soir, le garçon de mon âge m’a emmené dans un bar écouter un groupe de jeunes musiciens. J’ai porté une robe noire, rougi les lèvres, et dans le bar, j’ai vu l’âge blanc, assis seul, sur une table opposée, toujours en silence, comme son blanc. Quand il m’a aperçu, il s’est levé et s’est assis devant moi et devant le garçon qui m’accompagnait, et qui ne se doutait de rien.

L’âge blanc demande de mes nouvelles, mais n’est pas insistant dans sa façon de faire, comme si l’on s’était vu la veille. J’ai le même sentiment que sa voix quand je le vois. Que le temps qui est passé n’était pas important, car ce temps nous n’étions pas ensemble, et que rien d’important ne s’était passé quand nous n’étions pas ensemble.

Le jeune garçon continue de me toucher les cuisses sous la table, mes mains tentent d’évincer ses doigts de ma peau, évincer ce que l’excitation de son sexe ne se résout pas à admettre. Mais l’âge blanc continue, fixe mes lèvres rougies, et parle aux autres invités autour de la table. Le jeune homme ne remarque même pas l’âge blanc. Il ne saurait même pas dire si je le connais ou pas car il est blanc et que lui, il est dans son sexe.

Je refuse ses caresses, ce qui finit par le lasser.

Il dit :

–        Je ne comprends pas ce que tu cherches à la fin, toi.

Je ne réponds pas et fixe des yeux l’âge blanc.

–        Tu dis que tu veux de l’érotisme, mais dès que je te donne des mots, tu t’éloignes.

Les yeux de l’âge blanc entre mes cuisses.

–        Tu n’es pas celle que tu dis que tu es.

Les yeux de l’âge blanc dans mes yeux.

Le jeune homme se retire de la table et s’éloigne. L’âge blanc me propose de l’accompagner. J’ai le cœur qui bat. S’éloigner dehors ensemble. Je veux. C’est mieux que tout. Ce sont les pavés gris du quartier, avec parfois des flaques d’eau, les dernières, car c’est bientôt l’été. Derrière nous, le jeune homme, la musique, l’ivresse, les odeurs fumantes, les frustrations sexuelles des hommes dans leurs larmes blanches, entre leurs mains.

L’eau des flaques me monte aux yeux. Ce sont les pavés gris, la lumière des réverbères sur les cheveux de l’âge blanc, l’odeur fraîche de la liberté, et elle n’a pas d’odeur, sauf peut-être celle des rondelles de pluie.

 ( Extrait de ma nouvelle : l’age blanc)

 

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