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Un poil' enceinte et des poussiereuh

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July 2014

La naissance de ma fille Tulsi, a la maison

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Avant d’embarquer dans le recit long et fastidieux de mon accouchement, je voudrais dire que beaucoup de moments que j’ai vecus ont ete oublies. La notion du temps et de l’espace change lorsqu’on accouche. Des bribes de moments disparaissent dans un souvenir floute, l’intensite de la douleur est anesthesiee de la memoire. On se souvient et on ne souvient pas. Cela arrive beaucoup plus vite qu’on ne le croit. Seulement quelques minutes après l’accouchement, je ne me souvenais déjà plus de la moitie des evenements, et surtout de leur contextualisation temporelle.
C’est progressivement que s’est mis en place dans mon esprit la perspective d’un accouchement naturel et a la maison. Qu’entends-je par naturel? Sans peridurale, sans occytocine, sans toucher vaginal, sans episio, sans forceps. Bref, un accouchement sans intervention medicale. J’ai choisi d’etre assistee par une sage-femme car il s’agit de mon premier enfant. Avec mon mari, nous en avons cherche une qui vit a la campagne de Koura et qui accouche les refugies syriens chez eux ou dans son dispensaire. Nous avons eu avec elle un seul entretien, et nous avions prevu de la revoir pour le plan de naissance, qui permet de fixer les termes de l’accouchement. Mais, Tulsi a voulu naitre plus tot….

Nous sommes le 22 Juillet 2014, a dix-huit jours du terme. Une derniere echographie de controle est prevue le 24, et devrait determiner si le bassin est favorable, ainsi qu’un rendez-vous avec la sage-femme pour le week-end, qui nous permettra de nous mettre d’accord sur le plan de naissance. Depuis quelques jours, je traine un gros rhume, qui m’oblige a dormir de longues heures. Je ne suis pas pressee d’accoucher et ne me retrouve pas dans les descriptions des futures mamans qui ont hate de delivrer.
Nous avons prevu d’accoucher a Tripoli, a la maison, et ce Lundi, Nabil me conseille d’y rester pendant qu’il donne son cours a Beyrouth. Je lui dis, sans conviction, que je pourrais accoucher a n’importe quel moment et qu’il vaudrait donc mieux que je l’accompagne. Au fond, je refuse d’etre seule. Nous arrivons donc a Beyrouth, tout va bien, Nabil donne son cours de yoga, je discute avec les eleves. Puis nous rentrons nous coucher. Une vague de spleen m’a envahie cette nuit-la, sans que je puisse expliquer pourquoi. Le sommeil me vient rapidement.
4 heures et demi du matin, je sens une envie d’aller a la selle avec une legere douleur au bas du dos. En m’essuyant, je remarque du sang. Mon Coeur s’emballe et je devine d’emblee que c’est pour aujourd’hui. J’avais dis autour de moi que je pressentais que Tulsi naitrait en avance mais personne ne m’avait cru. Une premiere grossesse, dit-on, le bebe nait generalement après le terme ( dans mon cas donc, après le 8 Aout). A la vue du sang et constatant la douleur dorsale, je n’ai pas de doute. D’abord, je suis envahie par la joie et la surprise. Dehors, il fait encore nuit et Nabil dort a poings fermes. J’attends de voir ce qui se passe en moi, et tout de suite ou presque j’ai une contraction suivie d’une autre. Je me dis que c’est incroyablement rapide. Je coule un bain chaud et ca ne passe pas. C’est pour aujourdhui, Tulsi est prete. Elle veut dire bonjour au monde a l’heure qu’elle a choisi elle. Et moi je ne desire qu’une chose, l’accompagner dans ce voyage.
J’avertis Nabil qui sommeille et qui n’a pas l’intention de se reveiller tout de suite. D’abord, il pense que je me fais un sang d’encre pour rien. Je lui explique que je saigne. Il est un peu plus alerte. Nous quittons finalement beyrouth a six heures du matin. Pendant qu’il cherche la voiture dans le garage, je mange une nectarine sur une chaise a Ginette. Il y a un monsieur derriere moi qui doit se demander ce que je fais a une heure si matinale.
L’air est frais, calme. J’ai encore du mal a realiser. 8 heures, nous arrivons a Tripoli. Comme nous avons de longs escaliers dans notre maison, c’est avec peine que j’accede au premier etage. Je me mets a l’aise, en soutien gorge et en culotte et commence a respirer pour gerer les contractions. Pour l’instant, tout va bien, les contractions sont parfaitement tolerables. Je continue a perdre du sang. La sage-femme est au courant. On doit la rappeler vers midi. Dix heures, tout va bien. Nous mangeons avec Nabil et respirons ensemble. Midi, je commence a avoir des douleurs de type menstruel. Je coule un bain et dit a Nabil de prevenir la sage-femme, car le travail avance. Il est treize heures, la sage-femme arrive, et je peux dire que c’est la que le vrai travail a commence. Le bain chaud me relaxe, oui, mais j’ai mal. Je ne perds pas encore pied mais la douleur est diffuse. Je me mets a crier a chaque contraction. La sage-femme propose un toucher vaginal que je refuse (comme je refuserais toute intrusion dans mon corps au debut…). Elle est un peu depassee par ma determination mais finit par accepter mes conditions. Nous etions supposees nous voir plus tot pour le plan de naissance mais Tulsi ne nous a pas attendu. Quinze heures, les douleurs sont toujours tres fortes, la douleur s’accentue par vagues, en intensite et en duree. Vers environ 4 heures, la sage-femme me supplie de faire un toucher vaginal. Je cede sous la pression de la douleur et de l’inquietude pour le bebe. Elle peut toucher la tete et m’assure que Tulsi va bientot arriver et que pour accelerer le travail, on peut utiliser l’occytocine. J’accepte mais au moment ou elle tente de me perfuser, je perds les eaux, et les choses prennent un air serieux. Nous retournons dans la salle de bains et elle me demande de pousser. Je pousse, pousse, pousse mais rien. Elle veut de nouveau me perfuser, je la laisse faire. La premiere fois, elle rate la veine, la deuxieme fois j’arrache la perf. Bref, aucune possibilite d’introduire de la chimie dans mon corps. Mon inconscient se defend : je veux un accouchement naturel, en temps, en heure voulue. La sage-femme stresse, me supplie de faire un autre toucher vaginal. Je me laisse faire de nouveau, pour ma Tulsi. Elle confirme ce que je sais déjà : je suis dilatee a 10 et la tete du bebe est completement engagee. Ici commence deux heures de poussee infinies, une douleur indescriptible et diffuse, un surpassement de soi. Je n’ai de cesse de dire a la sage-femme de me faire confiance, de me donner du temps, elle est tres pressee, elle veut que je sorte le bebe de moi le plus vite possible. Deux heures de poussee, de longs, tres longs rales. Des voisins s’affairent devant la maison et s’inquietent ( je le saurais plus tard). Je crie, je hurle ma douleur a chaque contraction. Tout se fait en langue arabe (meme si ce n’est pas ma langue natale) car c’est en arabe que la sage-femme s’adresse a moi. J’essaie de me rapprocher d’elle, je lui demande des calins, je lui prends les mains pour qu’un lien se fasse, pour que ma puce naisse dans la paix, dans l’amour. Mais la sage-femme stresse : il faut pousser, elle me dit, vraiment pousser comme si tu allais a la selle. Je lui dis que c’est exactement ce que je fais. Non, ce n’est pas assez, replique-t-elle. Pousse, pousse. Puis, elle en vient au menaces : si tu n’as pas accouche dans une demi-heure, je t’emmene a l’hopital. Je despespere, je pousse, je fais tout ce qu’elle me dit.
J’aimerais pourtant qu’elle fasse confiance en mon instinct et mon instinct me dit que je ne suis pas prete. Que si Tulsi devait sortir maintenant, elle l’aurait fait. La sage-femme de son cote pense que je dois pousser. J’obeis car je sui strop fatiguee pour negocier quoi que ce soit a ce stade-la.
Deux heures de poussee. A la derniere, mon mari me tient les bras par derriere, la sage-femme est devant moi prete a engager ses bras et m’aider dans la poussee, je hurle, je crie a Tulsi de sortir. On repete ce geste une dizaine de fois. La douleur est immense. Il faut pousser alors qu’on a mal. C’est terrible, c’est intense mais a aucun moment je n’ai eu envie d’une peridurale, a aucun instant je n’ai pense que je voulais etre emmenee a l’hopital. La douleur est immense mais je la surmonte car je sais que je vais bientot la voir et je ferais tout pour que ce soit ici, avec son papa, dans sa maison, avec les siens. Je pousse, je pleure, je crie, et enfin, dans un long, tres long rale de douleur, de desespoir, elle sort.
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Mon corps est un sol de douleur infini, je me sens hors du monde, dechiree et en meme temps soulagee comme pas possible.
On me pose Tulsi sur le sein, mais je n’arrive pas a connecter avec ma fille, j’ai mal partout, je suis traumatisee par la douleur qui continue car je dois expulser le placenta. Je la mets au sein quelques minutes quand meme puis je demande a mon mari de la prendre, de lui transmettre une bonne energie pendant que j’expulse le reste,
Il enleve son tee-shirt, la pose sur son torse. La sage-femme me presse pour le placenta. Je ne peux plus d’elle et de ses horaires, alors je crie, je me defends pour la premiere fois, je lui dis : donne moi du temps et arête de me presser. Je lui dis que j’ai tres mal et qu’elle n’a plus le droit de me toucher. Elle se tait et obeit sur le qui-vive.
J’expulserai le placenta 40 minutes après avoir accouche. Un grand moment de liberation. Je peux enfin prendre ma fille dans les bras. Je pleure beaucoup et je remercie dieu. Je remercie la sage-femme. Je remercie la terre.
Une heure après, nous sommes tous reunis dans le salon. Ma famille est la, Tulsi est absolument merveilleuse : une magnifique petite fille avec de grands yeux noirs qui devorent le monde. Je suis comblee et a la fois hors du temps et de l’espace.
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Tulsi natural homebirth, in Tripoli

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Before i embark on the long tale of Tulsi’s birth, I’d like to mention that only a few minutes after delivery, I had already forgotten half of the events. Notions of time and space change during birth. We remember things and we forget other.What happened, where and when? Some questions will remain unanswered. No face on them, no place, no time. Vanished.

Our wish…

I have gradually established in my mind the prospect of a natural childbirth at home. A childbirth that excludes epidural, occytocine, vaginal touch, forceps etc. In short, a childbirth with no medical intervention. We chose to be assisted by a midwife. We found one who practiced homebirth in Koura. She had assisted many Syrian refugees during their labour in their houses or in her small clinic. When I told her I wished one for myself, she looked at me with her eyes wide open and asked me if I could not afford the hospital stay. I explained to her our philosophy, how we wanted to welcome our daughter in our peaceful house, I told her I knew I’d be in huge pain and I was ready to handle it. We had only one interview with her, and we planned to see her for the birth plan, to set the terms of delivery.

But Tulsi changed our plans….

July 22, 2014, eighteen days before the term. A final ultrasound Control is scheduled for the 24th and would determine if the conditions are favorable. We had an appointment with the midwife that weekend, in order to agree on a birth plan.
It’s been a few days that I have been dragging a heavy cold that is forcing me to sleep for long hours. Unlike most mamas to be at this stage of my pregnancy I’m not in a hurry to give birth.
On Monday the 21st, Nabil advises me to stay in Tripoli while he’s teaching a yoga class in Beyrouth. Jokingly, I pretend that I could give birth at any time. We finally decide to go together to Beirut. Everything is fine, Nabil gives his yoga class, I chat with the students as usual. Early that night, we go to bed. A wave of melancholy comes over me that night and I cannot explain it. Sleep comes quickly.
4 in the morning, I feel the urge to go to the toilets with a slight pain in the lower back. While wiping myself, I notice some blood. Before even checking the blood, I felt the early signs of labour. I had read so much about delivery and this lower back pain striked me as very familiar. Also, I had told everyone around me that Tulsi would be born early but everyone including my husband said that for a first pregnancy the baby is usually born after he term and therefore Tulsi wouldn’t be among us before the second week of August. At the sight of blood, I am flooded with joy and surprise. Outside it is still dark and Nabil is sleeping soundly. Waiting to see what happens next, I almost immediately have a contraction followed by another one. I think this is incredibly fast. The hot bath I pour will not stop the contractions. Five minutes exactly between each. Now I’m sure today is the day. Tulsi wants to say hello to the world and our wish is to facilitate this passage.

I warn Nabil who is not doubting anything at this point and is not in the mood for waking up. First, he thinks it’s a fake labour, but I insist over and over again. We finally leave Beirut at six o’clock in the morning. While Nabil is getting the car out of the garage, I’m eating a nectarine on a chair at Ginette. There’s a gentleman behind me who must be wondering what I’m doing up at such an early hour.
The air is cool and the atmosphere is calm. I’m still struggling to realize what is happening. I’m happy to giving birth in this atmosphere and the trip from Beirut to Tripoli seems surrealistic at these early hours. 8:00, we arrive in Tripoli. The high stairs of our house in Tripoli are really challenging. Reaching the first floor takes a while, I’m aware of breathing. I put myself at ease, half naked, in bra and panties. So far, so good, contractions are perfectly tolerable, I’m still losing blood. We have called the midwife she said she’d be here around noon. Ten o’clock, all is well. Nabil prepares me a nice breakfast and we’re now breathing together with each contraction. At noon, I’m starting to have menstrual-type pain. I pour a bath and say to Nabil to warn the midwife as the labour is progressing. 1pm, the midwife arrives. I’m now in what we can call the serious phase : the labour is becoming more and more painful. Yes the hot bath relaxes me, but I am in pain. The pain is diffuse and I’m now chanting OM with each contraction. The midwife suggests a vaginal examination to determine how much I’m dilated. I refuse. She is bit overtaken by my determination but eventually she accepts my conditions. We were supposed to see her earlier for the birth plan but Tulsi didn’t care about that ! Three o’clock, the pain is getting worse, comes and goes in waves. At about 4:00, the midwife begs me for a vaginal examination. Under the pressure, the pain and the anxiety for the baby, I accept. She says that she can touch her head and that Tulsi is coming soon. She also suggests using occytocine to expedite the work. I agree but when she tries to infuse me, my waters breack. The midwife seems very happy about it and tells that from now on I can push. I start to push but nothinh happens. She wants to infuse me again but it doesn’t work. The first time she breaks a vein, the second time I pull the perf. It seems that my unconscious is fighting any attempt to introduce chemicals into my body. Natural childbirth we decided, natural childbirth it will be.
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The midwife is stressing out, begging me to do another vaginal examination. I let her do it again for my Tulsi. She confirms what I already knew: I’m dilated to 10 and the head of the baby is fully engaged. I could tell from the feeling of the baby’s head pressuring my anus and the feeling that I needed to poo very badly. Here will start two hours of endless and, indescribable, diffuse pain. From now on, I’m surpassing myself. The midwife doesn’t trust nature and doesn’t trust me. I can feel her fears and her inability to control her emotions. I keep telling her to trust me, to give me time but she is into a hurry and wants the baby to come out now. Two hours of thrust, long, very long pain. Neighbors are worried (I will get to know that later) as I scream, scream my pain at each contraction. I push, push and push. Though its not my native language, we are only speaking in Arabic. I have sometimes to find my words which makes things even worse. I try to gain the trust of the midwife, I ask her for hugs for kisses. At some point, I take her hands, I so badly want to make a link so my baby will be born in peace, in love. But the midwife cannot get the stress out of her: you have to push, she repeats continuously, really push as if you were going to the saddle. I tell her that it’s exactly what I’m doing. No, this is not enough, she says. Push ! Push! Then she threatens me : if you don’t deliver in half an hour, I’ll take you to the hospital !
I do everthing she tells me but deep inside, I wish she could trust me and trust my instinct, and let me do the work at my own rhythm. And my instinct is telling me that I’m not ready. If Tulsi had to get out now, she would have done it. The midwife on her side thinks I have to push and push. I obey because I’m exhausted and I can’t negotiate anything at this stage of labour.
Two hours of endless pain. At the end, my husband takes my arms from behind, the midwife is in front of me ready to use her hands and get the baby out. I’m screaming at each push, repeating : get out Tulsi ! get out of my body ! I’ll be repeating this mantra for at least ten times. The pain is immense, terrible, intense but at no time I regret giving birth in these conditions. I’m still on for the childbirth I dreamt about. I’m still convinced that Tulsi will be among us here in the bathroom, on this yoga mat.
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The pain is immense but I overcome because I know I will see her soon and that I would do anything so that she can be here with her dad in her house with her family. I’m crying, crying, crying, and finally, in a long, a very long eral pain, despair, Tulsi is out.
My body is in an infinite pain, I’m feeling out of the world, torn and relieved at the same time.

Tulsi is on my breast, but at this stage I can’t make a connection with her, as I’m hurting everywhere and I am traumatized by the pain that keeps going because I have to expel the placenta. I tell my husband that my energy at this very time is not good for the baby, that he should take care of her while I’m expulsing the placenta. He will take off his shirt and put her on his naked chest.
The midwife is still in a hurry. She says I should expulse the placenta quickly and starts to put her hands on my belly to get it out. At this point, I can’t stand her anymore and for the first time during the whole delivery I scream at her and tells her to leave me alone and let me do the job by myself. She obeys immediately. Finally, I can choose what I want for my body. I can choose to listen to the signs.
I will expel the placenta 40 minutes after birth. From here on, I’m liberated. I can finally hold my daughter in my arms.
An hour later, we are all reunited in the lounge. My family is here, Tulsi is absolutely wonderful: a beautiful little girl with big black eyes devouring the world. I am overwhelmed with happiness and a feeling out of this world.

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