Dessin du fils de mon ami Ahed
Dessin du fils de mon ami Ahed

Je lis encore aujourd’hui, ici et là, l’importance de parler à bébé. Parler pour qu’il développe les « skills », les qualités d’expression orale, l’intelligence, tout ce qui fait qu’un jour il saura parler « bien » et même en avance.

Pendant ma grossesse, on m’a dit : parle au bébé. Le bébé entend tout. Mais l’envie ne me prenant pas, je me contentais de chanter un peu de temps en temps. Parler, non, je ne parlais pas. Parler pour dire quoi? Je n’avais rien à lui dire au bébé. Il m’arrivait de penser à elle dans ma tête évidemment ( et par elle j’entends l’idée (ou le concept) très imprécise de ce qu’elle était) et de lui dire quelque chose mais rarement cela avait besoin de sortir de la bouche. Des pensées me venaient, de l’amour ou ce qu’on appelle ainsi, moi je dirais plutôt que c’était confus dans mon coeur. Mais l’amour est confus. Ce n’est pas faute de coeur.

Enfin, à l’approche de l’accouchement, je pensais qu’enfin, quand son visage serait devant le mien pour de vrai, alors je lui parlerais. Ce serait naturel. Quand un visage est devant nous, c’est plus clair. Je me suis imaginée que j’allais m’amuser à parler, lui parler, lui raconter pleins d’histoires, dire les choses, les nommer…..

Je m’étais jurée alors qu’en des mots, je parlerais à Tulsi. Je me ” reprendrais”.

Puis, elle est née et avec elle deux obsessions : mes seins. Ses yeux me voyant à peine, je ne pourrais pas dire qu’elle me parlait avec eux. Il y avait juste ses mains qui parfois me touchaient comme pour palper le territoire connu du ventre, la certitude de la mère. La seule. De cette façon et seulement, on a eu ce qu’on appelle le premier « contact », la première « communication » ou “conversation”. Et bien-sur, il y avait les pleurs qui dans un sens me guidaient un peu. C’est donc l’odorat et le toucher qui nous ont rapprochées. Et non. Le désir de parler avec des mots n’est pas venu. J’ai attendu pourtant patiemment qu’il germe en moi,  communiquer mon amour de la langue me semblait si évident, si intrinsèque à ma structure personnelle…. Mais rien de bien prosaïque n’est sorti.

Aujourd’hui, c’est encore avec difficulté que je choisis de parler avec des mots ou même avec des phrases. Je suis passée par une phase ou je me sentais très coupable d’être incapable de parler à ma fille, de bavarder, de déblatérer. Petit à petit, je me suis posée plus sérieusement la question pour réaliser que c’était ce qui m’arrivait instinctivement, sans que je n’ai à y penser trop, et que pour cela, il y avait forcement une raison, même si je ne la connaissais pas.

Parler à quelqu’un qui ne parle pas…. Je ne sais pas faire. Quand je dis parler, j’évoque la langue connue, le français.

Les spécialistes pour designer le langage de bebe parlent de « babillage ». Je ne parle pas avec Tulsi, mais je fais ça. Je babille comme elle. Si Tulsi  fait gaga ou marmonne d’autres choses (peut-on dire mot?) incompréhensibles, instinctivement, je suis tentée de babiller comme elle.  Dire gaga.

Quand je parle autrement que par des mots, quand je babille, ce qui sort ce sont des mots qui ont une existence propre qui émane du cœur ou des émotions. Par exemple si je lui dis au milieu de nulle part : mon chaaaapouuutttouuu, ca veut dire : je t’adore, je t’aime, j’ai envie de te croquer les fesses. Peut-être aussi un sentiment qui ne peut être exprimé par un mot mais qui est exprimé par l’intonation, par la prolonguation des voyelles, par la répétition. Je ne dis pas toute la phrase. Je dis Chappouuutouuu, je trouve que ca dit mieux que les « mots «  ce que j’ai envie de dire, ca traduit exactement mon état émotionnel. Et c’est quoi dire? N’est-ce pas avoir le besoin d’exprimer oralement quelque chose?

Parler à son bébé, qu’est-ce que c’est ? C’est cela ma question. Est-ce que parler, c’est seulement pour que le bébé apprenne a parler, ou est-ce que parler c’est communiquer avec son bébé, c’est vraiment entrer en contact avec son être et le sien ?

Je comprends que pour certaines, la seule façon ce soit la “langue connue” et cet article ne dément pas les bienfaits de parler avec des phrases bien structurées. Cependant, il faut savoir que ce n’est pas une vérité absolue et que si une mère ressent comme moi un besoin limitée de faire beaucoup de phrases, et bien, cela n’est pas forcement grave. C’est peut-être une étape essentielle dans la relation de la mère à l’enfant car quelque part, il faut être soi.

Une des autres façons pour moi de communiquer avec Tulsi d’une façon intense et que je ressens comme vraie, c’est de lui faire des calins, des bisous ou même de faire des grimaces avec le visage.

Elle rit, je ris, on s’amuse beaucoup, et j’ai bien l’impression que quelque part, on s’est dit quelque chose.

Cela me vient beaucoup plus instinctivement, comme depuis le fond du coeur.

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